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lundi 26 novembre 2012

Katsushika Hokusai au Musée Guimet

La grande vague de Kanagawa. Affiche de l'exposition du Musée Guimet.

Hokusai (1760-1849) est peut-être l'artiste japonais le plus célèbre au monde, enfin surtout en Occident; car au Japon, Hiroshige est plus connu que lui!

Vague masculine (Yang).

Né à Edo, Hokusai est adopté par une famille d'artisans fabriquant des miroirs pour la cour du shogun. Enfant, il manifeste beaucoup d'intérêt pour le dessin et la peinture.

Vague féminine (Yin).

Après quelques temps passés dans un atelier de xylographie, il travaille pour Katsukawa Shunsho, un maître de l'ukiyo-e spécialisé dans le portrait d'acteurs (yakusha-e).

Grande vague aux oiseaux.

Par la suite, alors qu'il analyse les techniques de nombreuses écoles japonaises malgré sa grande pauvreté, il fait la connaissance de Shiba Kokan, un peintre en contact avec les rares Européens autorisés à amarrer à Nagasaki, qui lui montre sans doute les principes de la perspective.

La même, en couleurs.

Réintégrant une école classique (des Tawaraya suivant la tradition Rimpa), il illustre des recueils de poèmes très appréciés.

Umegawa dans la province de Sagami.

Quelques années plus tard, à Nagoya, celui qui se surnomme désormais "le fou de dessin" (Gakyodjin) rencontre Bokusen, un autre artiste qui lui conseille de publier tous ses croquis.

Grues cendrées.

Hokusai suit sa recommandation et fait paraître l'ensemble de ses esquisses en douze volumes sous le nom de "Manga", qui signifie alors quelque chose comme "carnets de croquis". C'est à la suite de cet ouvrage que naîtra peu à peu la bande dessinée, qui utilisera ces petits dessins simples et expressifs en les organisant selon une histoire (puis en y ajoutant des bulles contenant les paroles des personnages), au Japon, en Suisse, comme en Belgique...

La plage de Shichiri dans la province de Sagami.

Hormis ses influences occidentales, ce qui frappe chez Hokusai, et qui a sans doute largement contribué à son succès, notamment en Europe, c'est son énergie:

Femmes sur le chemin du retour après la récolte de thé au crépuscule.

car même si elle n'est pas présente dans toutes ses œuvres, elle est ce qui ressort le plus de sa personnalité.

Coup de vent dans les rizières d'Ejiri dans la province de Suruga.

Pour les estampes de la série "36 Vues du Mont Fuji", ses plus mémorables,

Le Fuji bleu.

Hokusai eut recours au bleu de Prusse, récemment introduit au Japon, avec un résultat parfois spectaculaire.

Le Fuji par temps clair.

De plus, il réussit tout particulièrement à fixer les nuances des différentes vues de la montagne,

Pluie d'orage sous le sommet.

donnant à chacune d'entres elles une singularité nouvelle.

Bec croisé sur un chardon.

Mais si Hokusai est admiré encore aujourd'hui pour ses paysages (fukei-ga), il contribua, avec Hiroshige, à faire de l'art des fleurs et des animaux (kacho-ga) un sujet à part entière:

Oiseaux sous un arc en ciel; moineau et serpent sur une tige de bambou.

orchidées,

Orchidées orange.

pavots,

Fleurs de pavot dans la brise.

ou même natures mortes de beaux objets,

Nature morte d'objets de cérémonie.

voilà des thèmes et des mises en scènes tout à fait nouveaux pour l'époque.

Cinq éventails.

Ironie du sort, en 1839, alors qu'Hokusai perd un certain nombre de ses dessins dans un incendie, Hiroshige, grand artiste mais aussi gardien du feu, rivalise désormais de talent avec lui!

Femme dans un intérieur.

Perfectionniste, Hokusai était toujours insatisfait de son travail, songeant chaque fois, avec sagesse et humour, à faire mieux qu'avant, et ce durant toute sa longue vie...

Images Wikipaintings, découvrez de nombreuses autres estampes ici:

vendredi 2 novembre 2012

Women in japanese woodblock prints

Dame en promenade, Masanobu Okumura (1685-1764).


Tenant autant de la peinture que de l'impression, l'ukiyo-e ("images de ce monde éphémère"), est l'une des formes picturales que je préfère: j'aime le raffinement du dessin aux formes bien délimitées par un trait noir, les couleurs ajoutées ça et là avec délicatesse (ces deux caractéristiques influenceront d'ailleurs beaucoup la bande dessinée, inspirant notamment la ligne claire à Hergé) et les sujets typiquement japonais tels que les femmes en kimono (bijin-ga), les paysages (fukei-ga) ou la faune et la flore (kacho-ga).


Trois personnages devant une véranda, Toyonobu Ishikawa (1711-1785).


L'histoire de cette technique fut relativement courte: probablement issues des gravures sur bois votives des temples bouddhistes (dont le mot ukiyo-e tire son sens, très imprégné de la notion d'impermanence), les premières estampes japonaises datent de la seconde moitié du 17ème siècle, des artistes comme Moronobu ou ceux de l'école Kaigetsudo ayant été les premiers à vulgariser la peinture nippone à travers ce procédé. Or cet art fut presque abandonné deux cent ans plus tard, à la fin du 19ème siècle. 
Au 20ème siècle, quelques initiatives furent tentées pour relancer cette tradition: celle de l'éditeur Watanabe Shozaburo, qui fut à l'origine du mouvement Shin Hanga prônant la continuité avec les savoirs faire artisanaux du passé répartis en plusieurs corps de métier spécialisés (dessinateur, graveur, éditeur) et celle du Sosaku Hanga, qui imposait à l'artiste d'être l'auteur de toutes les étapes de la fabrication (conception occidentale relativement moderne). Même s'il n'a plus le même succès commercial, l'ukiyo-e se pratique encore de nos jours.


Femmes ramassant des coquillages, Kiyohiro Torii (?, 1776).


Au début, beaucoup d'estampes étaient tirées en sumi, encre de Chine noire (sumizuri-e). Des couleurs à la dominante rouge-orangée (appelée tan, tirée de l'oxyde de plomb) étaient parfois rajoutées à la main, ce qui pouvait donner un effet de contraste intéressant (tan-e). Il existait également des tirages colorés manuellement sur lesquels était étalée de la laque noire ainsi que de la poudre d'or par endroits (urushi-e).
Par la suite, les Japonais élaborèrent des méthodes à deux couleurs à l'eau, rose (beni, tiré du safran) et vert, (benizuri-e), puis de trois à plus de sept blocs de teintes différentes telles que l'ai (bleu indigo), le shoenji (rouge issu du millepertuis), le murasaki (violet, issu du mélange ai+shoenji) ou encore le gofun (blanc lumineux à base de poudre de coquille d'huître et de colle de riz) avec parfois de jolis dégradés (nishiki-e).


Dame de dos, Shigenobu Nishimura (18ème siècle).


L'impression elle-même fourmillait souvent de petits détails subtils, tant au niveau des motifs de kimono ou de obi que des attitudes des personnages, ce qui rendait l'ensemble très vivant. Certaines estampes ont un fond très léger, voire inexistant, et d'autres, au contraire, présentent un décor ou un paysage beaucoup plus élaboré.


Promenade sous la pluie, Harunobu (1718-1770).


Parmi les différents types de tirage, on distingue la disposition de la feuille de papier à la verticale (tate-e) de l'horizontale (yoko-e).


Musiciennes, Koriusai (vers 1770-1782).


Le format des estampes, limité par la taille des planches de bois tendre (coupées dans la tranche du tronc) utilisées pour la gravure du dessin lors de l'impression, est assez variable: alors que le plus habituel est un rectangle de taille moyenne (oban), certains sont plus petits, (aiban, otansaku, chutanzaku, hosoban, koban, chuban, shikishiban, yotsugiri et mameban), d'autres sont tout en largeur (triptyques réunissant plusieurs feuilles..), d'autres encore sont très hauts et très étroits (hashira-kaké ou kakemono-e, pour s'adapter au kakejiku, rouleau à suspendre au mur) ou un peu plus grands que le format classique (o-oban, grand oban).


Femmes admirant le paysage, Koriusai (vers 1770-1782).


Obéissant aux contraintes imposées par le format du tirage, les dimensions des personnages jouent par ailleurs un rôle important dans l'expression de la scène dans son ensemble: ainsi une grande taille leur confère de la noblesse, tandis qu'une petite mettra en évidence l'intimité de leur vie quotidienne.


Femmes au bain, Kiyonaga (1742-1815).


Enfin, la perspective, inconnue des artistes japonais jusqu'à la fin du 18ème siècle, s'assimile progressivement, permettant une représentation plus juste des paysages, et donnant lieu à un véritable engouement pour les "vues célèbres" (meisho-e) qu'immortalisèrent Hokusai et Hiroshige dans des séries très appréciées encore aujourd'hui dans le monde entier.


Promenade au bord de la Sumida, Kiyonaga (1742-1815).

Remerciements: Stéphane W.